Filmer la musique

Lorsque nous avons discuté avec Olivier Forest de filmer la musique de l’éventualité d’une carte blanche nous nous sommes très vite arrêtés sur l’idée de dresser un portrait de Los Angeles à travers son histoire musicale si particulière, car étonnement insulaire comparée à celles de San Francisco ou de New York. L’entreprise était un peu ambitieuse, et nous avons décidé de stopper la machine à remonter le temps sur un des épisodes les plus singuliers de cette épopée à travers deux films, le documentaire Manson et la fiction Cisco Pike, qui racontent une seule et même chronique : celle de la fin du rêve hippie qui s’est achevée dans le sang et la défonce au début des années 70.

Réalisé en 1973, soit seulement 4 ans après les meurtres de Sharon Tate et des époux LaBianca qui firent souffler un vent de panique et de paranoïa sur toute la Californie, Manson relate l’affaire et le procès de son instigateur Charles Manson et de ses exécutants, Susan Atkins, Linda Kasabian, Patricia Krenwinkel etc… soit la famille Manson au grand complet. Plongée sidérante (et sidérale, la beauté psyché de ce film est étonnante) au cœur d’une bande de hippies qui se prenaient pour de nouveaux apôtres, ce documentaire de Robert Hendrickson et Laurence Merrick fut interdit aux Etats-Unis au moment où Squeaky, l’une des membres les plus tarée de la famille, fut arrêtée après avoir tenté d’assassiner le président Gerald Ford. Nous la voyons ici, arme au poing, face caméra, bien déterminée à « exécuter un maximum de porcs » au nom d’une révolution qui devait révéler au monde un nouveau messie, Charles Manson, folk singer raté dont la frustration se transforma en haine meurtrière. Loin d’être le portrait d’un « icône du mal », ce documentaire est surtout celui d’une bande de paumés ayant fait basculer le flower power dans un délire grotesque et sanguinaire.


Film méconnu, Cisko Pike, écrit et réalisé par Bill L. Norton en 1972, raconte le destin d’un autre folk singer raté (un des archétypes de cette période, Manson en étant la caricature extrême), incarné par le génial Kris Kristoferson, qui, après quelques temps en taule pour deal de dope, tente de se remettre en scelle auprès de sa copine (Karen Black) dans une ville qui a oublié ses talents de songwriter mais pas ceux de pusher. Le flic corrompu qui l’a fait tomber (Gene Hackman) lui propose un offre qu’il ne peut pas refuser : écouler une tonne d’herbe en un minimum de temps et espérer ainsi se faire enfin une place au soleil. De Venice Beach à Hollywood, de Laurel Canyon à Beverly Hills en passant par le Troubadour (alors épicentre de la vie musicale de la cité), nous suivons dès lors Cisco Pike tenter de vendre sa came en sillonnant un Los Angeles lugubre peuplée de wannabes, de has beens, de hippie chic défoncés (Viva de la factory) et de musiciens toxicos au bout du rouleau (Harry Dean Stanton). À la fin du Sunset Strip, il y a l’océan mais aussi la mort. The dream is over.

Une décennie plus tard Bret Easton Ellis débutera son premier roman, Moins que zéro, par cette phrase : « Les gens ont peur de se retrouver sur les autoroutes de Los Angeles », mais ceci est une autre histoire.

Et puisque tout se termine toujours en musique, un dernier mot, sur les bandes originales de ces deux œuvres crépusculaires. Celle de Manson a été confiée à Brooks Poston et Paul « Judas »Watkins deux repentis de l’écurie Manson, mais l’on peut également y entendre pas mal de compos produites au sein de la famille dans une ambiance bucolique et morbide assez unique en son genre. Dans un tout autre registre, la plupart des chansons de Kris Kristoferson qui illustrent Cisco Pike sont tirées de son second album The Silver Tongued Devil and I (souvenez vous c’est le disque que Robert De Niro offre à Cybill Shepherd dans Taxi Driver), et l’on entend également un titre de Doug Sahm, figure culte de la scène country rock de L.A., qui joue son propre rôle dans ce film à redécouvrir.

Projection de Cisko Pike ce soir à 22h (Concert de Mustang, des Cavaliers et de Jessie Evans dès 20h)

Projection de Manson samedi à 22h (Live et dj set de Zombie Zombie, Turzi, Bot’Ox, Arnaud Rebotini, Jacques Renault et Dirty Sound System à partir de 23h)

et tout cela se passe au Point Ephémère. Plus d’infos ici

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