Guy Peellaert (1934 – 2008)

Né en 1934 à Bruxelles, Guy Peellaert débarque à Paris au milieu des années 60 en pleine effervescence yéyé. Il collabore aussitôt au mensuel Hara Kiri, la meilleure école de l’époque pour tout activiste de la bande dessinée. À l’instar de Jean Claude Forrest et de sa mythique Barbarella, Guy Peellaert va révolutionner la bande dessinée en deux albums publiés également par Eric Losfeld : Jodelle en 1966 (modèle: Sylvie Vartan), et Pravda, la survireuse en 1968 (modèle: Françoise Hardy). Fini les niaiseries moralistes des publications pour la jeunesse, la bd devient adulte. Les héroïnes dessinées par Peellaert sont sexy et affranchies, elles font de la moto à moitié nue dans des décors pop aux couleurs primaires évoquant la sauvagerie visuelle des flippers.
Tandis que les filles brûlent leurs soutiens gorges dans la rue, Peellaert explose l’orthodoxie plan-plan des héritiers de Jacobs. La case devient tableau, le récit se destructure pour mieux parler de son époque : avènement de la société de consommation et prise de pouvoir par les adolescents.
1973. Fasciné par la culture Rock, Guy Peellaert rencontre un de ses meilleurs chroniqueurs, l’écrivain et journaliste Nik Cohn qui a publié en 1968 le fondateur A wop bop a loo bop a lop bam boom. Ensemble, ils planchent à l’élaboration de petits films mettant en scène des rock stars. Leurs recherches aboutissent finalement à la conception de Rock Dreams, un recueil de 125 tableaux de Peellaert illustrant de brefs textes incisifs de Cohn sur l’histoire turbulente du Rock’n Roll. Chaque image est un fantasme issu de cette mythologie unique: comment oublier les Rolling Stones en SS pédophiles ou Diana Ross observant des homeless noirs à travers la vitre de sa limousine? Peellaert abandonne ici l’onirisme pop de ses débuts pour une vision personnelle de l’hyperréalisme américain, mélange savant de dessins et de photomontages unifiés par l’aérographe. L’ouvrage est un succès mondial. Bowie demande à Peellaert de réaliser la pochette de Diamond Dogs, les Rolling Stones celle de It’s only rock’n roll. Guy Peellaert, lui, a un rêve secret : Dolly Parton. Il voudrait consacrer à son idole un album complet. Mais Dolly loupe sa chance.
On retrouve Peellaert du côté du cinéma. Il réalise les affiches de Taxi Driver, Hammett, Paris Texas, les ailes du désir, Mauvais Sang, ainsi que le générique de la meilleure émission de télé française consacrée au 7e art : Cinéma, Cinémas. Le lent travelling sur ses toiles marque toute une génération de cinéphiles.
1986. Avec The Big Room, Guy Peellaert s’attaque avec l’écrivain Michael Herr (Putain de mort)au mythe de Las Vegas. Bugsy Siegel, le Rat Pack, Howard Hugues…Une certaine idée d’une névrose bien américaine : combler le vide du désert par la démesure du jeu et du showbiz. Un challenge pour Peellaert: évoquer Vegas sans utiliser un seul néon. Une ambition : rendre hommage au plus grand peintre réaliste américain, Edward Hopper.
Il faudra attendre 1999 pour retrouver Guy Peellaert au coté de Nik Cohn pour un nouveau chef d’œuvre d’irrévérence : Rêves du XXe siècle. Nos deux complices réinventent un siècle marqué par le culte de la personnalité. Fidèles à la maxime de John Ford, ils impriment la légende plutôt que la vérité, préfèrent l’icône à l’individu : Marcel Proust assiste fébrile à l’entraînement de Georges Carpentier, Golda Meir prépare une soupe à un Dylan défoncé, Prince retrouve une Lady Di torride dans une chambre de motel anonyme…
Pour son impertinence, son extravagance, son invention perpétuelle et sa manière unique de nous amener au cœur de nos fantasmes, nous aimerons toujours déraisonnablement l’art de Guy Peellaert.

  1. Karine, tu es la Jacques Toubon de ce blog

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  2. Son bouquin “Rock Dreams” est ma bible depuis des années. Il y a du rêve, du magique, mais aussi du morbide et de la peur dans ces peintures…

    Plus :
    http://nukeplantaerials.blogspot.com/2008/11/rock-dreams-guy-peellaert-1934-2008.html

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