I SEE YOU

«À la fois nul et subjuguant »… C’est comme ça qu’hier soir , au sortir d’un cinéma des grands boulevards, Karine Charpentier résumait l’expérience physique des 2h40 d’Avatar en 3-D num. Subjuguants, vraiment, les effets de relief (où il est attesté qu’on a de nouveau 8 ans). Subjuguante, la première heure où il n’est question que de parcourir un espace, de l’essayer de long en large et en travers (et en cela, Avatar – dernier film classique et/ou premier film moderne – ne dialogue plus qu’avec le jeu vidéo, indéniablement), avec l’émotion que suscitent les premières fois (première marche, première impression de vertige, premier regard échangé), l’émerveillement devant tout ce qui touche à la découverte d’un monde. A ce stade là, Avatar, oui, vous fera l’économie d’un acide.

D’autant plus lénifiante alors, cette dernière heure, mal écrite, automatique, jouant à war game, à la guerre des mondes, mais avec une mauvaise volonté évidente. Où il saute aux yeux que, pour des raisons politiques, Cameron a refusé de capitaliser ses effets de relief sur une jouissance guerrière, s’est refusé à prêter son invention à ça seulement: faire du score. La jouissance du spectateur, il la réserve à des séquences poétiques, des lueurs tombées du ciel, en lucioles (son coté Je chante les espoirs perdus de Copenhague). Belle idée, ok, mais il fallait alors partir sur une autre fin. Et pas cet affrontement foret assiégée vs. impérialisme aveugle si caricatural, et baclé, qu’il en devient ridicule, inopérant – même si, à titre personnel, je ne vois aucun inconvénient au spectacle d’une bande de Hezbollihs écolos dégommant du yankee.
Bon, ce qui n’a pas été dit jusqu’ici et qui, chez AlainF nous intéresse quand même un peu, c’est combien Cameron se montre comme le cinéaste qui a le pire goût qui soit en matière de musique. Il est cet irresponsable total qui avait déjà répandu sur le monde la scie la plus pourrie jamais composée (Celine Dion pleurnichant son mellow sur les amours noyés du Titanic, vous vous souvenez de ça???). Fidèle à son oreille miel d’acacias, il déverse ici 2h40 d’un dégueulis Ushiaha. Hé… Quitte à jouer la carte cheap, il aurait aussi bien pu demander à un dj avisé de ressortir quelques vieux anthems rave (puisqu’il ne s’agit, dans le fonds, que de ça : Avatar comme film/jeu d’un rave party en foret lysergique) ; Mais Avatar n’est pas Matrix, et si Cameron vous donne bel et bien rendez vous pour minuit à Nation entre les deux poteaux, c’est quand même pour vous déposer à l’intérieur d’un magasin Naturalia.
Le hasard, une belle ordure en l’état, a voulu que la veille, on reçoive In order to edit, mix à l’usage des jeunes générations concocté par JD Twitch d’Optimo à partir du catalogue old timer du label belge R&S. Un grand disque, mais aussi pour nous, ce matin, l’avatar d’une bande son.

Mescalinum United – We have arrived
Jam & Spoon – My first fantastic F.F.

  1. Il aurait dû demander à Fleet Foxes de Composer la BO ce ptit batard. Ou alors un groupe de Black Métal à tendance atmosphérique pour aller avec la forêt.
    Et Je suis sérieux.

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  2. jam & spoon (miam!) marche pas..

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  3. C'est réparé, Jam & Spoon. Rave on.

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  4. Oui, on pourrait dire également "jouissif et triste", jouissif car Avatar marche avec l'histoire sans laisser le spectateur en rade, Cameron joue collectif, il nous plonge physiquement, à l'instar de son héros aux oreilles pointues, dans un nouveau monde (que ce nouveau monde ressemble à une pochette d'Asia est une autre histoire). Jouissif aussi de partager un moment historique, d'assister à un basculement avec des lunettes 3D au bout du nez.
    Triste, où plutôt mélancolique, car désormais le cinéma ça sera ça, Mélies 1 Lumière 0 (toujours la même rengaine), la balle est désormais dans le camp de Cameron, à lui et à ses héritiers d'inventer une manière de jouer qui ne soit pas seulement celle des gamers.

    Pour la b.o. Burzum? (même si j'ai une affection un peu perverse pour Céline Dion)

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  5. Pour la BO forestière, oui, un truc de black metal écolo aurait été plus pertinent que ce bidule tribal digne de Koh lanta. parfois, le film me rappellait le clip de Electric Feel de MGMT ! Sinon, tout à fait d'accord avec K.C : c'est un feu d'artifices un peu vain. Fascinant, bluffant mais c'est dommage d'avoir si peu à dire. Enfin, il fallait avoir du cran pour le faire.

    Nico

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  6. Pas vu Avatar mais brièvement travaillé pour le cinéma en relief. Mon idée sur le sujet : en dehors des effets gimmicks que cette technique attire inexorablement depuis plus de 50 ans, la 3D relief peut bel et bien littéralement éblouir par ses côtés plastiques. Comme pour la couleur, il est fort possible de le voir prospérer etr s'étendre à l'ensemble de la cinématographie. Comme disait l'un de mes condisciples il est peu de domaines qui échappent à la cinématographie (jamais compris cette phrase au demeurant, mais je la cite car je trouve qu'elle en jette). Pour ma part avec les possibilités inédites de restitution à la maison ou en salles (pas en France, où Pathé-Gaumont retardent en matière de diffusion numérique), on est aux prémices d'un mouvement de fond. Mon souhait personnel : que comme JLG qui passait au cinémascope couleur pour le Mépris, le cinéma indé y est accès et s'y intéresse d'un peu plus près. Plus encore : qu'il redonne le gout de l'expérimentation.

    T.

    PS : en ce qui concerne le jeu video, nul doute que celui-ci devienne l'art du 21° siècle.

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  7. Ce film ne me schtroumpfe pas plus que ça.
    Rescator.

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  8. Biosphère pour la B.O (parce que ça aurait presque pût passer auprès des studios)

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  9. "Avatar" comme le plus souvent les films d'animation fait partie de cette génération de films nunuche. "Tron" en est un, "Star Wars" aussi, et plein d 'autres, et on s'y est habitué un peu vite, manière de dire que c'est peut-être le prix à payer pour avoir le droit à un acide virtuel…
    Et puis parfois, surgit du lot un ovni, une splendeur, un classique, comme quand Spielberg, récupère un projet Kubrick, pour faire son grand-oeuvre, son « A.I »…

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  10. Alors si on résume…
    – Une B.O. déplorable. Tiens, les deux premiers accords du thème principal sont exactement ceux de la scie de Céline Dion pour Titanic.
    – Un imaginaire visuel d'informaticien découvrant Photoshop. "Trop bath, les fleurs fluo et la forêt en néons ! Et t'as vu ma bestiole, je lui ai mis 4 z’yeux. Oué trop délire, je lui rajoute des pattes !"
    – Un scénario affligeant qui rend le film plus que longuet dès lors que la baston commence. Et au passage, est-ce tellement réjouissant de voir toutes ces pauvres bêtes en bleu conduites à la boucherie en guise d'ultime recours tomber comme des mouches la fleur au fusil ?
    – Et puis un constat : en 2009, on sait réaliser des mouvements d’appareil les plus invraisemblables au cœur d'un décor en 3D mais on n'arrive toujours pas à animer un bipède de façon réaliste sans lui donner l'air se muer mollement dans l'éther avec des jambes en coton.
    Alors oui, Avatar comme 2012 ou d'autres a des qualités de rollercoaster. Du cinéma forain si l'on veut, à quoi se résument désormais pas mal de superproductions événement.
    Au fond, le plus intéressant est peut-être à chercher dans la gangue ushuaio-new age et vaguement holiste qui sert de pensée aux habitants de la planète Pandora : Ce réseau de lianes et de branches connectées par milliards comme des synapses dans notre cerveau. Et cette natte des Na’Vis qui se termine en appendice filandreux et leur permet de se relier aux animaux qu'ils chevauchent où à l’arbre mythologique de leurs ancêtres et de leur dieu. D’un côté la mise en abyme du cinéma 3D comme pure excursion dans l’imaginaire des spectateurs, au cœur même des circuits neuronaux qui le composent. Soit une vision biologisante et réductionniste qui explique l’émerveillement mécanique qui résulte malgré tout par endroits de ce film. De l’autre, le versant intuitif sensuel et sexuel de notre rapport au monde et aux êtres qui le peuplent. A la question l’avatar Jake Sully est-il baisable et a-t-on envie de se plugger à la terre entière, la réponse est oui.

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  11. les masques à gaz qui n'apportent rien scénaristiquement sont-ils là pour faire accepter le sort du pauvre spectateur croulant sous le poid trop important de ces putains de lunettes qui me font encore mal au nez ?

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