La mort n’en saura rien

Fin des années 60, Detroit Motor City, David Hackney regarde la télé avec son père. Dans le poste les Beatles font leur première apparition au Ed Sullivan Show. La révolution sera télévisée. Le jour suivant David achète une guitare et persuade ses deux grands frères de former un groupe qu’ils baptisent Rock Fire Funk Express. David compose et joue de la guitare, Bobby est à la basse et au chant, Dennis à la batterie. Ils sont encore mineurs et leur mère les autorise à transformer leur chambre d’ado en studio entre 3 et 6 heures chaque après-midi. Les voisins peuvent désormais acheter des boules Quies.
1973, les trois jeunes noirs se rendent à un concert d’Alice Cooper où ils se sentent un peu seuls, mais ce que David découvre sur scène le stupéfie. Il décide d’abandonner la soul et le r’n’b pour le rock le plus dur. Rock Fire Funk Express devient Death et tire la chasse sur les Isley Brothers, les Jackson 5 et Earth, Wind and Fire pour se jeter dans la lave en fusion du MC5 et des Stooges avec lesquels Death auraient dû former la Sainte trinité sonique de Detroit. Les démos qui surgissent de leurs répéts ne ressemblent à rien d’existant. Les doigts dans la prise, les trois frères gagnent en vitesse et en intensité. Le hard rock, alors en pleine ascension des deux cotés de l’Atlantique, passe à la moulinette Hackney et devient à la foi souple et furieux, groove et anxieux. Le public noir devant lequel ils jouent le week-end ne comprend rien à cette musique qui anticipe le punk cinq ans avant son éruption.
1974, David est sûr de lui, prêt à enregistrer, il choisit au hasard un label dans l’annuaire : Groovesville Productions dirigé par un ancien producteur de Stax, Don Davis, qui les fait enregistrer sur le champ sept titres. Les bandes sont envoyées à Clive Davis chez Columbia qui accepte de sortir un album de Death si le groupe change de nom. Il n’en est pas question, Death sort donc sur sa propre structure, Tryangle label, 500 copies du single Politician in my eyes / Keep on Knocking. Une bombe qui explose dans le vide. L’histoire de Death s’arrête là. Laminés par la vague disco, les frères Hackney enregistreront deux albums de gospel sous le nom de 4th movement avant d’être redécouverts par Drag City qui publiera enfin le premier album de Death …For the Whole World to See en 2009 et une compilation de démos toute aussi indispensable, Spiritual • Mental • Physical en 2011.
David Hackney est mort du cancer en 2000 et aura ainsi échappé à l’inévitable reformation du groupe qui suivit leur exhumation.

Death – Freakin Out
Death – The masks

  1. Karine je suis tombé amoureux de vous.

    Reply

  2. merci pour la découverte.

    Reply

Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *